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vendredi 26 septembre 2025

Le sens du poil !

En ce moment, le poilu est bien vu. Ce qui n’est, après tout, qu’une phase de plus dans les renversements continuels de la fantasmalogie gay. Au moins autant que les muscles, et que la taille de la bite, le poil est un critère central du sex appeal pédé. Non pas que sexy = poilu pour tous, mais pour chacun la référence aux poils est fondamentale.

Il y a quelque temps de cela, lors d’un classique « débroussaillage de politesse » (couilles-cul), j’ai cédé à la tentation de me raser intégralement. J’ai regretté mon impulsion dès que je me suis retrouvé à oilpé là où il faut être à oilpé hebdomadairement. Je me suis senti encore plus nu que nu. Totalement sans protection. Et le pire, c’est que j’ai remarqué, à mon grand désarroi, un changement radical de mon impact de séduction. Ce n’étaient plus les mêmes qui m’attrapaient, et je n’attrapais plus les mêmes. Grosso modo, mon « cœur de cible » était moins jeune, et visiblement orienté sur des trips bien particuliers, plus groink groink que woof woof. De dépit, je me suis assis au fond d’une cabine pour siroter mon Fanta-g, et méditer sur le sens du poil chez les pédés.

Traditionnellement, le poil est associé à la virilité. Il y a des poils spécifiquement masculins, dits « testoïdes » : barbe, abdomen, région périanale et sillon interfessier, face interne des cuisses et face supérieure des extrémités. On attacherait donc au poil les qualités viriles : sagesse, pouvoir, force, mais aussi brutalité, barbarie et j’en passe des pires. Pourtant ce n’est pas si évident. Dans les représentations mythologiques on lit déjà des variations des significations. Si Zeus est toujours barbu, et Apollon toujours glabre, la pilosité de certains dieux grecs évolue au cours du temps, et cette évolution a un sens. Hephaistos, dieu du feu et de la foudre, est d’abord représenté en jeune homme sans poils et fougueux, quoique boiteux. Mais alors qu’au fil des siècles, son « domaine de compétence » se précise en maîtrise du feu, de la forge, il se transforme en robuste forgeron, à la figure barbue, au cou vigoureux et au torse velu. Plus étrange, le cas de Dionysos, qui suit une évolution inverse : dieu du vin, il est, dans ses représentations les plus anciennes, mature et barbu. Au fur et à mesure que ses attributions divines s’étendent aux plaisirs et jusqu’à devenir protecteur de la civilisation (de plus en plus sophistiquée et raffinée), il rajeunit au point d’apparaître parfois en éphèbe imberbe, et même efféminé. L’image de Saint-Sébastien évolue de façon similaire. Historiquement, il est un général romain rugueux et poilu, martyrisé dans la force de l’âge. Au Moyen Age, il est mobilisé pour protéger contre la peste. C’est à l’orée de la Renaissance qu’il devient le jeune homme extasié sous les flèches, et évoque, dans sa nudité, un éphèbe apollonien. C’est cette image que les pédés ont retenu, je me demandais pourquoi…


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